Sénégal : Briser le silence face à la «hausse» des cas de viols

Face à une hausse des viols au Sénégal, des députés et organisations de la société civile appellent à durcir les punitions contre leurs auteurs, dont les victimes seraient surtout des enfants.
«Il y a une omerta sur les viols au Sénégal avec beaucoup de cas non déclarés», affirme le député Omar Ndoye, président du Réseau des parlementaires pour la protection des enfants.
Les viols touchent «principalement les enfants et pas seulement des filles. De plus en plus de maîtres coraniques exploitent sexuellement» leurs disciples garçons, assure cet élu, évoquant «une hausse des cas de viols» dans le pays, sans présenter de statistiques officielles.
Le président du Groupe de recherches et d’actions contre les violences faites aux enfants (Grave), Adama Sow, explique que, du 1er septembre 2006 au 31 décembre 2007, son organisation avait «répertorié près de 400 cas de viols». Mais «pour 2008, c’est près de 600 cas dont 98% concernent des mineurs».
«La région de Kolda (sud) a eu 211 cas en 2008 dont la moitié sont des viols d’élèves suivis de grossesses, œuvres d’enseignants», selon M. Sow qui cite des chiffres de la gendarmerie, de la police, des tribunaux et d’ONG.
En tout cas, «il ne se passe pas une journée sans qu’un cas de viol ne soit relaté dans la presse» souligne l’hebdomadaire privé Nouvel Horizon.
«Le viol intrafamilial (avec des cas d’inceste) occupe une place importante mais les familles préfèrent la sutura (discrétion en langue ouolof) et ne vont pas devant les juridictions», constate le directeur-adjoint des affaires criminelles au ministère de la Justice, Moustapha Kâ.
Pour expliquer ces viols, M. Ndoye met en avant la forte promiscuité, l’exiguité des habitations... Il estime même qu’il pourrait y avoir une influence des séries télévisées étrangères et d’internet.
Mais pour M. Sow, «la pauvreté est la mère des causes». Kolda, une des régions les plus pauvres de ce pays musulman, aurait concentré plus du tiers des cas en 2008, selon lui.
Interviewé par Nouvel Horizon, le psychologue clinicien Mamadou Mbodj invite à la nuance: «Nous ne sommes pas devenus plus pervers, les gens sont justes de moins en moins enclins à se taire». «La perversion n’a pas de couleur, de race, de type d’âge ni de religion. Des personnes âgées et des maîtres d’écoles coraniques ou des marabouts guérisseurs ou tradipraticiens violeurs, ça a toujours existé! On n’en parlait pas tout simplement!» insiste-t-il.
Au Sénégal, le viol est un délit puni d’une peine maximale de 10 ans de prison qui peut cependant être doublée «en cas de circonstance aggravante» (récidive, inceste). «Il faut insister sur la prévention, détecter les personnes qui ont des troubles et mieux former» les enquêteurs, estime Mme Fatoumata Sy, présidente du Comité de lutte contre les violences faites aux femmes.
«Il faut criminaliser le viol», affirme M. Ndoye, tandis que M. Sow réclame la «castration chimique des violeurs».
Au ministère de la Justice, M. Kâ annonce que le gouvernement prévoit d’«améliorer le dispositif législatif et réglementaire» car «beaucoup de cas de viols aboutissent à des disqualifications et des relaxes à cause d’enquêtes mal préparées».
La réforme vise à «crédibiliser les certificats médicaux» des victimes et à «renforcer la police scientifique en moyens matériels pour procéder à davantage de tests ADN».
Source : Malick Rokhy BA (AFP) le 19 août 2009
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