Les gamins de la rue:
leur droit à l’éducation?

Actrice/écologiste ChinChin Gutierrez avec Dena de Vries et les enfants de la rue. photo CAA
Actrice/écologiste Chinchin Gutierrez
les encourage à donner formes et couleurs à leurs aspirations
par Carlos Arnaldo
Vice Président of Droit@l’Enfance, France
Membre du Comité des ONG de l’UNESCO sur les droits de l’Homme
“Je veux être pilote d’avion.”
“Je veux être infirmière.”
“Je veux être enseignant.”
“Je ne sais pas ce que je veux être, mais une fois décidé, je veux entreprendre les démarches pour y arriver.”
Ce n’est pas du tout facile de mettre en images les idées abstraites comme le droit à l’éducation. Dans la langue Philippine, comment concrétiser le concept ‘karapatan sa pag-aaral?’
Or comme tous les jeunes du monde, les gamins de la rue fixent bien leurs propres ambitions et cibles, et cherchent les moyens pour y parvenir, en particulier par l’éducation. Pour eux, l’école symbolise le chemin du futur, un rôle dans la société, une profession, et surtout la fin d’une vie de souffrance. L’école c’est la moitié du chemin à parcourir pour assurer la sécurité, et leur avenir.

Artist Elena Andaya avec Harvey et ses montagnes. photo CAA
La Convention Internationale concernant les Droits de l’Enfant a été adoptée et ouverte pour signature, ratification et accession par la Résolution 44/25 de l’Assemblée Générale des Nations Unies le 20 Novembre 1989.
A la fin de cette année, nous marquerons le 20ième anniversaire de cet acte, et on peut se demander si le destin des enfants du monde a été vraiment amélioré à la suite de cette convention. Dans les actualités télévisées, on est toujours conscient des enfants blessés et meurtris dans les guerres internécines, les ouvriers- enfants, les soldats -enfants, et l’abus des enfants trafiqués et recrutés pour les réseaux de pornographie et abus sexuel.
Selon les statistiques récentes, il y a plus de 1,000,000 de gamins dans les rues aux Philippines et ce nombre augmente par milliers chaque mois. Plusieurs associations ont essayé de lutter contre ce fléau, dont la Fondation Virlanie qui gère un programme complet d’éducation et de développement social, de logement et de nourriture. Ceci suit l’Article 28 de la Convention, qui exige que “Les États parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation, et en particulier, en vue d'assurer l'exercice de ce droit progressivement et sur la base de l'égalité des chances.” La Fondation Virlanie, cependant, n’est pas un institut de l’état, mais une fondation privée, fondée il y a 16 ans par Dominique Lemay, français.

Jamais deux sans trois. Photo CAA
La Convention s’avère très exigeante, l’Article 29 demande que-
« Les États parties conviennent que l'éducation de l'enfant doit viser à :
a) Favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
b) Inculquer à l'enfant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l'enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d'origine autochtone ;
e) Inculquer à l'enfant le respect du milieu naturel. »
Bien sûr, Virlanie a fait davantage que respecter ces normes. “Virlanie focalise non seulement sur l’éducation académique, les leçons de la vie et le développement du caractère. Les valeurs de la vie sont intégrées dans toutes les activités des enfants. Même ceux qui racontent des histoires donnent un sens chaque nuit afin d’enraciner valeur, moralité et éthique” (Flor Mallillin, The Sunbeam, juin 2008).

Rolly Arnaldo une future enseignante. photo CAA
Afin de se préparer pour le vingtième anniversaire de la Convention sur les Droits de l’Enfant, la Fondation Virlanie a organisé à leur foyer, dans la ville de Makati, une série de leçons d’art les 5 et 6 mars 2009 sur le droit de l’enfant à l’éducation, comme décrite ci-dessus . Les enfants ont participé au cours d’une brève discussion sur leurs propres ambitions et cibles, et cherché à comprendre comment l’éducation peut les aider à les achever leurs ambitions. Puis, les enfants, 10 à 18 ans, mettaient leurs pensées sur les dessins. Ils ont été encouragés par l’actrice/écologiste Chinchin Gutierrez qui a offert ses talents en art et éducation aux enfants de Virlanie. Elle a aussi parlé de ses propres tableaux et comment ceux-ci ont révélé dans les visages de certains peuples, leurs origines et caractère, ou comment certains autres ont évoqué les problèmes de la conservation de l’environnement naturel. “Avant l’arrivée de l’homme,” elle disait “le monde entier était riche et bien nourri et propre. Dans le tableau, qu’est-ce qui manque? La poubelle. L’homme est le seul être qui amenait la poubelle et la pollution au monde. Donc, à nous de garder propre notre monde, forêts, montagnes et océans.”

L'auteur qui merveille à ces talents. Photo Wawi Navarrosa
Chinchin, avec l’aide des autres artistes, Constantino Zicarelli, Wawi Navarrosa (photo-journaliste), Elena Andaya, Dena de Vries et Rolly Arnaldo, ont bien encouragé les enfants dans ce travail difficile et délicat. Les enfants ainsi ont donné forme et couleur à leurs aspirations et angoisses.
Christophe,16 ans, n’est pas sûr de son avenir ; il sera bientôt adopté par une famille américaine. Il a dessiné un jeune garçon sans visage.

Christophe, un avenir inconnu. photo CAA
Une fillette de 13 ans a été abusée sexuellement depuis son enfance. Elle a exprimé ses angoisses dans la forme des montagnes interlaces, un tout petit soleil ombré dans la distance. “Les montagnes sont ma protection. Là je suis en sécurité.” Dans les dessins d’enfants, les montagnes sont bien un symbole de protection, le soleil normalement symbolise le père. Un petit soleil dans l’ombre peut signifier l’absence du père ou un père abusif. Cette fillette voulait être enseignante.

Montagnes -symbôles de sécurité. Photo Wawi Navarrosa
Plusieurs garçons voudraient être policiers, attirés peut-être par le rôle d’autorité ou le sens de protecteur. Dans tous les dessins, les policiers étaient décrits comme forts et fermes, heureux de l’ordre. Dans un dessin, deux policiers appréhendaient un criminel, ce qui montre un sens de justice.

Rose fière de son oeuvre, un restaurant ou une école? photo Wawi Navarrosa
Un bon nombre d’enfants cherchaient des carrières dans les domaines d’enseignants, infirmières et assistante sociale –reflétant peut-être les gens de leur foyer protégé.
‘Sunflower’ est un enfant mongoloïde, mais autrement normal dans ses pensées et sa communication. Elle dessinait un grand bassin d’eau, pas un océan, mais une ville inondée. Au milieu il y a un grand bateau, une voile rose cadrée en rouge vif sur le mât. Quelques gens très petits étaient à bord. “C’est une inondation, le bateau de sauvegarde, et ça, c’est moi. Je suis sauvée.” Le soleil sur ce dessin était très très petit. Parfois, avant qu’un enfant puisse exprimer ses aspirations, il leur faut vider leurs angoisses et leurs craintes.
Harvey, 12 ans, a créé une scène de deux montagnes qui s’ouvrent à un soleil brillant au fond. Les montagnes sont encerclées par des eaux en bleu noirci, mais cet océan était divisé en deux par une longue tache rouge vif. C’était une île au milieu de l’océan, et flottante vers les montagnes? Une liquide rouge qui a été versée dans la mer? Ou les longs reflets d’un soleil couchant? Est-ce quelque chose de plus profond comme un bloquage ou une souffrance passée? Difficile à dire.
Un dessin presque parfait est offert par Paolo, 18, utilisant un style cubique en tons de sepia clair et couleurs primaires. Une femme protégeant son enfant. Au delà de la femme encerclée, autres formes vagues et menaçantes n’arrivent pas à pénétrer, mère et enfant hermétiquement protégés. Cela symbolisait pour son auteur, et d’autant plus éloquemment pour les spectateurs, la protectrice.

Paolo et son dessin femme et enfant en cubisme, Chinchin qui l'admire. Photo CAA
Avec l’ensemble des autres dessins des enfants provenant de toutes les parties du monde, une sélection de ces dessins sera présentée à l’UNESCO à l’occasion du 20ième anniversaire de la Convention concernant les Droits de l’Enfant. Ces ‘portraits’ des droits de l’enfant capteront sûrement l’oeil international.
|